Du côté de la recherche – La dictée : qu’en dit la science ?
La dictée: qu’en dit la science?
Pourquoi la dictée reste-t-elle un pilier de l’apprentissage de la langue, malgré les débats qu’elle suscite ? Les recherches récentes en neurosciences et en sciences de l’éducation, de Stanislas Dehaene à Roland Goigoux, le confirment : la dictée est un outil merveilleux pour apprendre l’orthographe.
Les conclusions des travaux de Jean-Pierre Sautot sont claires : pour faire progresser l’élève, la dictée doit être un exercice d’entrainement. C’est un véritable temps d’enseignement, un moment où l’enfant apprend à mobiliser les règles d’accord, de conjugaison et d’orthographe étudiées en classe.
Pour que cet exercice soit le plus efficace possible, les neurosciences ont mis en évidence plusieurs bonnes pratiques.
Régulier : L’étude menée par Roland Goigoux en 2016 auprès de 131 classes primaires (tous niveaux confondus) montre que 40 minutes de dictée guidée par semaine améliorent significativement les performances, en particulier chez les élèves les plus en difficulté. Ce sont eux qui bénéficient le plus de cet entraînement régulier, mettant par écrit les mots et phrases entendus et structurant ainsi leur pensée orthographique.
Progressif : Avant d’aborder des dictées issues de textes littéraire, il est important de commencer par du très simple en ne cherchant jamais à mettre l’enfant en difficulté mais en étant toujours prêt à le guider. Le passage du simple au complexe est un principe incontournable soutenu tant par les recherches en neurosciences que par la pédagogie de terrain. Qu’il s’agisse de la structure des neurones chez Dehaene ou de l’observation des classes chez Goigoux, la progression graduée est le fil conducteur qui permet de ne jamais décourager l’apprenant.
Manuscrit : À l’heure où l’on pourrait être tenté de recourir aux ordinateurs ou autres tablettes pour les élèves les plus âgés fâchés avec l’écriture, n’oublions pas l’importance de l’écriture manuscrite. Pour Stanislas Dehaene, elle joue également un rôle crucial dans le travail de mémorisation. Le geste moteur de tracer la lettre consolide la mémoire du lien entre le graphème (ce qu’on écrit) et le phonème (ce qu’on entend). Cette étape est indispensable à l’acquisition des bases de l’orthographe d’usage.
Suivi d’une correction immédiate : Un pilier de l’apprentissage pour Dehaene. La correction immédiate pendant le temps de dictée chez les plus jeunes, ou peu après chez les plus âgés, est indispensable : un retour rapide sur ses erreurs permet d’ancrer solidement la bonne orthographe ou le bon accord. Ce processus stimule la plasticité cérébrale. Il encourage une dynamique d’apprentissage positive et motivante.
Une correction différée de plusieurs jours s’avère nettement moins efficace, voire inutile.
Comment ne pas voir que la pédagogie Jean-Qui Rit distille depuis près de 70 ans toutes ces bonnes pratiques ! Loin d’être du domaine du « folklore pédagogique », écrire dans l’air, tracer du doigt, gestuer, relire en gestuant, constituent des bases solides sur lesquelles vos petits élèves sauront s’appuyer tout au long de leur scolarité.
Pour aller plus loin :
Jean-Pierre Sautot. La dictée, un exercice ? La lettre de l’AIRDF, 2015
Goigoux, R. (Dir.) (2016). Étude de l’influence des pratiques d’enseignement de la lecture et de l’écriture sur la qualité des premiers apprentissages.
Stanislas Dehaene, Caroline Huron et Liliane Sprenger-Charolles : Quelques grands principes de l’apprentissage de la lecture / Proposition de progression pédagogique basée sur les grands principes, diffusé par le ministère en 2012.
Pascal Bressoux, professeur à l’université Grenoble Alpes, L’enseignement explicite, de quoi s’agit-il ? Pourquoi ça marche et dans quelles conditions ? Synthèse de la recherche et recommandation.
