Pratiques pédagogiques : la dictée en GS/CP : à quoi sert-elle vraiment ?

Pratiques pédagogiques : la dictée en GS/CP : à quoi sert-elle vraiment ?

Caroline Trébucq, formatrice Jean Qui Rit, répond à Sophie, enseignante en CP.

Chez Jean Qui Rit, la dictée n’est pas un exercice de contrôle où l’enfant écrit, l’enseignant corrige, et où les fautes s’accumulent en rouge, l’exercice de la dictée est complémentaire à la leçon de lecture.

Cet exercice est le prolongement naturel de la leçon de lecture. Si l’enfant arrive à décoder une syllabe, un mot, une phrase, est-il capable ensuite de retrouver toutes les lettres qui forment cette syllabe, ce mot ou cette phrase ?

La séquence est rituelle, et elle le restera toute l’année : « Écoutez, faites les gestes, écrivez, relisez. » Quatre consignes identiques tous les jours, dans le même ordre, avec les mêmes gestes : l’exercice devient familier. Il n’y a pas de surprise, donc pas d’inquiétude.

Ce n’est pas en faisant ses gammes une fois par semaine que le pianiste va progresser, c’est en les faisant tous les jours, méthodiquement, jusqu’à ce que les doigts sachent sans que la tête n’ait à intervenir. La dictée obéit à la même logique : elle est un entraînement.

De sa place, l’enseignant voit immédiatement celui qui oublie un geste ou qui se trompe. Il peut intervenir aussitôt : « Réfléchis, regarde les lettres là-haut, refais le geste. ». Les cartes de phonomimie, affichées en classe toute l’année, sont là pour ça. L’enfant cherche, se corrige lui-même et, par cet acte d’autocorrection, ancre l’apprentissage. Une fois le geste sûr, le passage à l’écrit se fait sans stress.

La dictée va également permettre à l’enfant de s’approprier les bases de l’orthographe. En lecture, on impose aux élèves de doubler le geste pour une consonne double, le corps va enregistrer cette répétition et lorsqu’il faudra écrire le mot, c’est d’abord le corps, via le geste, qui restituera cette particularité. Ce sera la même chose pour les lettres muettes. C’est pour cela qu’il est nécessaire de maintenir les gestes le plus longtemps possible.

Enfin, voici quelques conseils pratiques :

  • Faire une dictée quotidienne dès la Grande Section : si un enfant sait lire « PA-TE », il peut faire une dictée sans crayon (petit imprimeur), sans être bloqué par la complexité du tracé.
  • Rester deux jours sur l’acquisition d’un nouveau phonème : en le déclinant en lecture, écriture, copie et dictée, on donne toutes les chances aux enfants d’enregistrer ce phonème.
  • La dictée du premier jour se fait avec les lettres de la dictée sans crayon (petit imprimeur), afin de ne pas surcharger l’enfant avec le geste d’écriture (très compliqué avec certaines lettres, comme le « f » dont les boucles résistent, s’inversent, et se dédoublent). Le deuxième jour seulement, quand le phonème est ancré et le geste graphique suffisamment fluide, alors l’élève passe au cahier.

La dictée n’est pas une épreuve, c’est un aboutissement : le moment où l’enfant constate qu’il sait. Quand les sons sont maîtrisés par le geste, dicter devient simplement une autre façon de lire — mais cette fois, c’est l’enfant qui tient la plume, et la page blanche qui lui appartient.

Et en grande section ? : la dictée avec crayon avant la GS est risquée. L’essentiel pour l’enfant de 5 ans est est la maitrise des sons. L’usage de la dictée sans crayon ( petit imprimeur ) est donc très adapté à la classe de GS). Si une classe est championne au niveau graphisme, pourquoi pas, mais cela ne doit pas être un objectif. 

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