Pratiques pédagogiques : « As-tu fait le geste ? » – Gérer la classe sans brider les plus avancés ou sacrifier les plus faibles
« Certains de mes élèves ont très vite acquis les gestes et déchiffrent déjà bien, semblant même freinés par leur utilisation. Comment gérer la classe sans brider les plus avancés ou sacrifier les plus faibles ? »
Odile Bernard, membre de l’équipe pédagogique Jean Qui Rit, répond à Stéphanie, enseignante en CP :

De vos élèves à l’aise en lecture, faites des tuteurs : faire répéter les gestes d’un camarade les ancre encore plus profondément en soi.
Ensuite, quand ils font une erreur — et ils en feront — posez-leur la question : « Avais-tu fait le geste ? » La réponse est presque toujours « non ». C’est le meilleur argument.
Il n’est pas nécessaire de ralentir les uns ni de brusquer les autres : le geste reste utile pour tous, à des niveaux différents.
Les enseignantes sous-estiment souvent les gestes qu’elles trouvent trop « enfantins », trop chronophages, et c’est une erreur.
Le geste facilite l’apprentissage de l’orthographe en créant de nouvelles connexions entre les mémoires visuelles et auditives. Lors de la copie et de la dictée nous disons aux élèves: « lisez le mot ou écoutez, faites vos gestes, écrivez, relisez avec vos gestes » afin de leur apprendre à s’autocorriger : c’est un circuit d’apprentissage complet, profond.
Dans de nombreux métiers le savoir-faire est lié à un savoir théorique mais aussi à un apprentissage de gestes précis: chirurgien, infirmière, bijoutier, boulanger etc….
Au CP, l’objectif n’est pas d’avancer vite et d’empiéter sur le CE1, mais d’aller doucement, durablement, et joyeusement.
Les gestes ne servent pas seulement à la lecture, croire cela est une erreur répandue, et coûteuse.
Les gestes permettent de distinguer les graphies d’un même son (o, eau, au) et ancrent l’orthographe dans le corps. Les abandonner trop tôt, c’est passer à côté de leur vrai potentiel.