Interview de Bénédicte du Chazaud

Quel est votre parcours professionnel ?

Après près deux ans de prépa orthophoniste j’ai effectué 3 ans de licence d’Histoire à La Roche sur Yon, à la fin de laquelle j’ai passé les concours de l’ILFM où j’ai intégré la formation initiale en 2020. J’enseigne en classe de CP depuis maintenant 3 ans et demi.

Pouvez-vous nous présenter l’école Saints Louis et Zélie Martin ?

L’école Saints Louis et Zélie Martin accueille autour de 160 élèves, garçons et filles, répartis en 8 classes de la Petite Section au CM2. Elle se situe à proximité du Lac de Maine sur la commune de Bouchemaine (8 min. du centre ville d’Angers). Fondée il y a 15 ans par des parents désireux d’offrir à leurs enfants une formation intellectuelle de qualité, notre école est un lieu où les élèves reçoivent une éducation humaine et morale et vivent leur foi en cohérence avec ce qui leur est transmis par leurs parents. Les apprentissages sont ancrés dans le réel par des pédagogies qui favorisent la manipulation.

Comment êtes-vous devenue enseignante en classe de CP et non en CM par exemple ? Était-ce un choix de votre part ? 

Quand je suis arrivée à l’école Saints Louis et Zélie Martin, c’était pour y effectuer ma deuxième année de formation à l’ILFM où nous sommes à plein temps institutrice mais avons également des heures de formation en dehors de la classe.

Quand je suis arrivée, j’ai eu le choix entre un CM1 et un CP. N’étant pas très scolaire, j’ai eu peur de ne pas réussir à expliquer certaines notions de CM1 aux élèves en plus de découvrir ce métier de toute part. Toutefois j’étais alors persuadée que j’étais faite plutôt pour enseigner dans les grandes classes. Finalement je suis tellement heureuse du CP, c’est le début de beaucoup d’apprentissages, c’est un âge charnière où je vois vraiment les enfants évoluer et grandir (j’imagine que c’est sûrement pareil dans les autres niveaux mais je n’ai pas testé autre chose encore). Il faut beaucoup de patience mais l’apprentissage de la lecture et des mathématiques, c’est très gratifiant. C’est un niveau très enrichissant pour moi personnellement, il faut être patiente, douce et ferme à la fois. A cet âge, ils ont une telle confiance en leur institutrice, j’aime vraiment beaucoup leur insouciance et leur spontanéité.

Comment s’est fait le choix de la pédagogie JQR plutôt qu’une autre pédagogie ?

La pédagogie était déjà mise en place dans l’école quand je suis arrivée alors j’ai dû suivre la formation avant de prendre mon poste. C’était entendu ainsi avant que j’arrive.

Quand avez-vous suivi la formation ? Avez-vous un souvenir particulier ?  

J’ai suivi la formation en août 2021 à Paris. Je me souviens que cette formation m’avait beaucoup rassurée 1 semaine avant de prendre une classe pour la première fois de ma vie.

Quels aspects préférez-vous dans la pédagogie JQR ?

Commencer à enseigner en CP avec la pédagogie Jean Qui Rit est très rassurant. C’est une pédagogie tellement complète qu’elle est une béquille dans l’organisation d’une journée de classe.

Ce que je préfère dans la pédagogie JQR c’est la rythmique du tracé des lettres avec l’alternance main droite, main gauche, les deux mains ensemble. Cela permet une connexion neurologique qui stimule les deux hémisphères du cerveau ce qui est très bénéfique dans les apprentissages. C’est une pédagogie relativement ludique qui plaît aux enfants et qui leur permet d’être vraiment acteur de la leçon. Le fait de les faire bouger permet aussi d’approcher le CP en leur permettant une transition souple entre la GS et l’enseignement où les élèves passent plusieurs heures assis derrière un bureau.

Quel manuel de lecture utilisez-vous ?

Nous utilisons le manuel de Wettstein-Badour, un manuel qui peut paraître très soporifique mais que je trouve très riche. Il y a beaucoup de texte aussi pour faire lire une classe d’une vingtaine d’élèves c’est très commode. De plus il est allégé de toute illustration, les enfants sont de ce fait totalement concentrés sur le texte et non pas sur les illustrations. Après ma formation initiale, j’ai fait la formation au maître de CP et nous avons eu une session de présentation de différentes méthodes d’apprentissage de la lecture : s’il fallait refaire un choix, je referais celui-là.

Quels conseils donneriez-vous à une maîtresse qui débute cette année scolaire 2024-2025 avec JQR ?

Je lui dirai que JQR est vraiment une béquille pour commencer. C’est une méthode très complète qui rythme les journées et qui mettent en confiance aussi bien l’enseignant que les élèves. Au début de l’année, il faut vraiment beaucoup de rigueur pour ne pas perdre de temps et réussir à avancer et faire toutes les étapes de la méthode (lecture et écriture). Cette rigueur permettra au fil des jours de gagner du temps, les élèves au fur et à mesure savent exactement quoi faire et quand le faire.

Toutefois, je lui dirais qu’il ne faut pas s’enfermer non plus dans cette méthode et que les élèves doivent apprendre à se détacher progressivement des gestes qui bloquent parfois la fluidité de la lecture. Certains enfants sont complètement handicapés par les gestes, je pense qu’il faut pouvoir se sentir libre de leur dire de s’en détacher.  

Les parents, vos collègues, comprennent-ils et connaissent-ils la pédagogie JQR ?  

Les collègues connaissent tous plus ou moins la pédagogie, je travaille beaucoup avec la maîtresse de GS qui est également formée et la maîtresse de MS qui initie elle aussi la méthode dans sa classe. La maîtresse de CE1 me demande des informations quand elle en a besoin également. Les parents connaissent aussi tous la pédagogie que je présente toujours lors de la réunion de rentrée. Je suis tellement convaincue de cette méthode que je ne leur laisse pas beaucoup le choix qu d’en être convaincus aussi.

Le mot de la fin ? (projet 2025, résolution JQR en classe, fioretti à partager, …)

Ma première année d’enseignement était une année intense parce qu’en plus d’être encore en formation à l’ILFM et d’être en prise de poste, j’avais dans ma classe, une petite élève trisomique et un petit garçon dysphasique (il ne prononçait que les voyelles en arrivant en CP). Je suis persuadée que sans la méthode JQR ils n’auraient jamais su lire aussi rapidement et suivre une dictée aurait été laborieux.

Les gestes étaient salvateurs pour leur année scolaire, ils s’y attachaient comme une huître à leur rocher. Les gestes leur ont permis de développer une mémoire motrice et ont favorisé l’apprentissage. Les enfants ont besoin de bouger pour ancrer un savoir et de le rattacher au réel. L’histoire, le geste et la photographie qui accompagnent le son étudié ont permis à ces deux enfants de visualiser plus facilement et de faire plus rapidement le lien entre la lettre et le son. Je me dis donc que ce que j’ai remarqué alors avec ces deux enfants en difficultés devait être aussi bénéfique pour tous mes autres élèves sans que cela soit aussi visible.

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