Jean Qui Rit, source de joie ?

Tilleuls-37-1024x684_retoucheeNous avons posé la question à Corine Munoz, enseignante depuis vingt ans en classe de CP à Saint Dominique du Pecq. Son dernier coup de cœur remonte au matin-même : « Aujourd’hui, j’ai travaillé un nouveau son “CH” avec Charles qui dit à sa sœur de rentrer doucement… Nous l’avons gestué.

Vraiment, si on avait filmé cette scène c’était comme un ballet ! […] Les élèves avaient le sourire aux lèvres, ils étaient en pleine harmonie. Ils se sont sentis portés par la vague. C’est le miracle du jour ! »

Comment expliquez-vous ce résultat ?

Nous avions travaillé la minute de silence juste avant, après la récréation du déjeuner. Cette minute était vraiment réussie. Jean Qui Rit est vraiment un moyen pédagogique qui unifie. C’est toute la différence avec les gestes Borel Maisonny [1]. C’est un tout. On est corps, esprit et âme. C’est ce qui fait qu’il y a de la joie et non de l’excitation.

Pourquoi le corps est-il aussi important ?

On a tendance à être un peu coincé dans nos milieux traditionnels où les enfants ne bougent pas or « l’enfant n’est qu’un être de mouvement » a beaucoup insisté le Père Faure [2]. On l’avait un peu oublié mais l’activité normale de l’enfant, c’est de bouger. Ce corps participe vraiment à l’attention. Le chant, la rythmique, c’est efficace. Voyez tout ce que le Père Jousse [3] nous a transmis. Vous ne pouvez pas demander une concentration d’un enfant de six ans les bras croisés. Il faut le rendre disponible. La leçon d’écriture gestuée, avec le rythme, dans l’espace, c’est comme une espèce de ballet de danse. L’enfant est très à l’aise. Il ne s’épanouit que dans l’activité, dans l’agir.

Le philosophe Alain en 1925 donnait une conférence à des jardinières : « L’enfant n’a d’intérêt que si vous lui faites faire. La classe doit être un atelier avant tout. Le but de chaque exercice scolaire n’est pas de savoir mais de vouloir. » On y travaille la liberté et le vouloir, l’attention avant tout. Simone Weil l’a bien expliqué également : « Le mouvement participe à cette attention C’est une éducation de la volonté. » L’enfant s’intéresse à des choses qu’il fait par lui même. Il est trop souvent spectateur, inerte. On cherche trop à intéresser l’enfant. Il faut qu’il fasse parce que cela l’intéresse plutôt qu’il s’y intéresse parce qu’il le fait.

photo de Corine Munoz_retouchee

La joie est-elle systématique ?

C’est d’abord une alchimie entre une classe et les élèves. Apprendre à lire et écrire, est un apprentissage difficile. Le plaisir ne va pas être immédiat. L’enfant déchiffre mais il y a une joie chez lui. Comme c’est difficile, j’essaie de mettre le plus d’enthousiasme possible dans mes leçons. Il faut vraiment les aider afin que l’ensemble prenne corps dans leur esprit. Je leur redis par exemple ce qu’ils viennent de lire : « Voilà tu as lu “Il lâche !”… » Je les fais évoquer le sens de ces mots.

Un conseil ?

« Avant toute chose, observez l’enfant ! » disait le Père Faure. Ce qui manque, c’est parfois de ne pas assez observer les élèves. Il s’agit de les aimer tels qu’ils sont. Arrêtez de projeter sur eux. L’enfant sera ce qu’il devra être.

[1] méthode phonétique et gestuelle de rééducation créée par une orthophoniste.
[2] pédagogue du 20 ème siècle qui a créé des outils développant une participation très active de l’élève dans toute sa personne.
[3] Il a étudié le rôle du geste et du rythme, dans les processus de la connaissance, de la mémoire et de l’expression humaines.
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